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Le Blog de Pascal Fouché flipbook.info
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Un blog sur le flip book

   Afin de partager mes découvertes concernant cet objet méconnu qu'est le flip book, je vous propose de commenter ici régulièrement ce que je peux trouver de nouveau en matière d'histoire du flip book et des feuilleteurs et aussi de vous présenter mes dernières trouvailles. N'hésitez pas à réagir (en français ou en anglais) et à me faire part de vos propres réflexions ou des nouveautés dont je n'ai pas encore connaissance. Ainsi pourrons-nous faire progresser notre connaissance de cet univers.

Pascal Fouché

15 avril 2018 à 19:46:45

Le flip book a 150 ans. Ce flip book aussi

Si le flip book a toutes les chances d’être plus ancien ce n’est qu’il y a 150 ans qu’il a commencé à être produit en série et commercialisé comme tel.

Comme je l’ai déjà raconté, l’imprimeur anglais John Barnes Linnett a le premier déposé un brevet pour un flip book (on peut voir la reproduction intégrale du brevet en cliquant sur l’image de la première page dans la partie historique de ce site).

Enregistré le 18 mars 1868 et scellé (c’est-à-dire en fait définitivement enregistré) le 5 septembre 1868, Linnett y décrit ainsi ce qu’il appelle « Improvements in the Means of Producing Optical Illusions » :
« John Barnes Linnett, de Birmingham, dans le Comté de Warwick, imprimeur, déclare par la présente […] : Mon invention consiste à améliorer par les moyens décrits ci-après la production d’illusions d'optique, en présentant à l'œil en succession rapide une série d'images d'objets représentés dans les multiples positions successives qu'ils occupent quand ils bougent, et donnant ainsi l'impression d’objets en mouvement. J'imprime ou produis autrement sur des feuilles séparées, en papier ou carte ou autre matériau souple, une série de différentes images, sur lesquelles l'objet ou la partie de l'objet qui devront avoir l'apparence du mouvement est représenté en différentes positions, par exemple si l'illusion à produire est celle d'un moulin à vent dont les ailes tournent, je représente de la même manière les parties immobiles du moulin sur toutes les feuilles ou cartes, mais la position des ailes est différente sur chacune. Sur l'une des feuilles, deux des ailes sont représentées en position verticale et deux en position horizontale ; sur une autre, les ailes sont représentées en une position légèrement modifiée, c'est à dire avec un petit écart d'angle par rapport à la position décrite ci-dessus ; sur une troisième, la position des ailes est encore un peu plus modifiée, et ainsi de suite pour le reste, le nombre de feuilles devant être suffisant pour montrer les positions successives correspondant à un quart de tour. […] Ces feuilles ou cartes sont retenues ensemble à un bord, ou près d'un bord, afin de les relier ensemble comme les pages d'un livre, les feuilles étant disposées de façon à se suivre dans l'ordre où les positions successives des ailes sont représentées. Si l'on tient la série dans une main et qu'avec l'index et le pouce de l'autre, on fait rapidement défiler les feuilles, les nombreuses images se présentent à l'œil en une rapide succession, et il en résulte l'image d'un moulin à vent dont les ailes tournent. L’apparence de mouvement sur d’autres objets peut être donnée de la même façon que celle décrite pour le moulin à vent. L’autre côté des feuilles peut comporter des images différentes de façon à ce qu’un livre ou une série de feuilles présente une image en mouvement quand les feuilles sont regardées d’un côté, et une autre image en mouvement quand elles sont regardées de l’autre côté ».
Linnett a déjà pensé au flip book recto-verso même si ceux que l’on connaît qui ont été produits par lui ne sont imprimés que d’un seul côté.

Le brevet est notamment accompagné de ce dessin sur lequel on voit qu’il a intitulé son invention « The Kineograph. A new optical illusion » :



Le nom de Kineograph qui provient du grec ancien kínêma (mouvement) et gráphos (écrit) ne perdurera pas plus que le nom inventé par le français Charles Auguste Watilliaux, folioscope, dont j’ai déjà parlé ici (voir aux dates du 24 avril 2005 pour le choix du terme flip book au lieu de folioscope et du 20 octobre 2006 au moment de l’achat de mon premier flip book de Watilliaux). C’est finalement le nom de flip book qui s’est imposé et caractérise le mieux cet objet. Il est d’ailleurs maintenant aussi bien compris en français qu’en anglais.

Il se trouve que je viens d’acquérir un des flip books produits par Linnett. Je n’en avais jamais vu en vente jusqu’à présent car ils sont très rares vu leur âge.

La Cinémathèque française en possède 11 qui viennent de la célèbre collection Will Day acquise grâce à André Malraux, ministre des Affaires culturelles, en 1959. Ils ont été reproduits dans le catalogue et sur le dvd de l’exposition à Düsseldorf Daumenkino. The Flip Book Show pour laquelle j’avais prêté de nombreux flip books en 2005. On peut ceux de Linnett sur le site de la Cinémathèque : http://www.cinematheque.fr/fr/catalogues/appareils/collection.html?sort=date_ajout&sortway=desc&personne=776

Celui que j’ai acheté est identique à l’un d’eux mais si le format est le même la couverture est légèrement différente (une étoile remplace le dessin qui permet de distinguer chaque flip book) et au lieu d’avoir une encoche de chaque côté c’est en haut du flip book qu’il y a deux encoches. On peut noter (est-ce volontaire ?) que selon certaines traditions l’étoile à huit branches représente l’immobilité apparente… beau symbole.



Les pages sont reliées à l’aide de deux œillets en laiton et sont légèrement décalées de façon à créer un biseau qui facilite le feuilletage ce qui se révèle très utile quand il y a aussi peu de pages (12) ; cette pratique qui complique le façonnage sera très peu utilisée par la suite. On peut remarquer aussi que le flip book se feuillette en position verticale et de l’avant vers l’arrière. Beaucoup de flip books de la fin du XIXe siècle se présentent verticalement (les Beaulieu, Gaumont, Edison…) mais c’est la position horizontale qui va progressivement s’imposer (c’est le cas notamment de ceux des frères Skladanowsky et de Watilliaux dès 1895). Quant au feuilletage de l’avant vers l’arrière il finira aussi par s’imposer bien que beaucoup de flip books de la fin du XIXe siècle se feuillettent de l’arrière vers l’avant.

Enfin la dernière page de couverture porte bien le dessin qui rappelle celui du brevet et la mention du brevet de Linnett qui en atteste l’authenticité.



Il est impossible de dire si cet exemplaire est plus ou moins ancien que ceux que nous connaissions jusqu’à présent mais il est forcément contemporain du dépôt du brevet ce qui en fait un des plus vieux flip books connus et le plus ancien de ma collection. Pour le 150e anniversaire du flip book, c’est un bel hommage…


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